Projet enpolitique.com : résumé des résultats

A l’occasion de la fin de la période de financement du projet enpolitique.com, nous publions un résumé de ses principaux résultats concernant les trois thèmes abordés :

* Les lieux de la webcampagne : En ce qui concerne la France, nous avons pu montrer que les candidats sont présents parallèlement sur différents dispositifs web mais que la  présence de sites et blogs de soutien est plus développée pour les candidats de gauche ; ceci constitue un élément constaté en France depuis le milieu des années 2000, qui se confirme aussi bien en période de reflux de la gauche (2007) que de forte mobilisation (2012) (Gadras et Greffet, 2013). Les résultats indiquent aussi que les forces politiques disposant d’une légitimité électorale plus récente (EELV, FN, sauf le Front de gauche), n’agglomèrent pas de larges communautés, autrement dit, la thèse de la « normalisation » est partiellement validée. De la même façon, le nombre « d’amis » ou « followers » sur les médias sociaux est lié à l’ancienneté de la présence sur les réseaux socionumériques, ce qui signifie que, comme les campagnes de terrain, les webcampagnes doivent s’inscrire dans une certaine durée pour générer une cyber-présence importante du candidat. Au Québec, la campagne est menée principalement sur les réseaux Facebook et Twitter, ce qui confirme un recours à ces dispositifs plus important qu’en France, bien que l’usage se cantonne davantage à un objectif de diffusion de messages qu’à une dimension véritablement interactive (Giasson, Bastien et Verville, 2013).

* La webcampagne des acteurs des dispositifs de communication : L’étude des entretiens réalisés en France (29) et au Québec (19) montre d’abord la diversité des organisations constituées autour des webcampagnes, ainsi qu’une hybridation croissante des profils des acteurs qui indiquent plus fréquemment qu’en 2007 des compétences professionnelles en communication, même si les parcours militants restent très présents, comme lors de campagnes précédentes. On perçoit donc ici des indices de professionnalisation, mais qui ne sont pas forcément spécifiques à la communication politique en ligne (Blanchard, 2014).

Par ailleurs, les objectifs poursuivis par les équipes diffèrent entre les deux pays : tandis qu’au Québec dominent les objectifs de communication (diffuser le message, contrôler le message, répondre aux attaques), les membres des équipes de campagne françaises mettent davantage l’accent sur les objectifs politiques (mobiliser en ligne et hors ligne, générer des ressources, promouvoir des idées). En revanche, dans les deux pays, les usages proprement marketing des dispositifs (collecte de données, constitution de bases de données, ciblage des messages selon les populations) sont peu développés, contrairement à ce que l’on constate aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne (Giasson, Greffet et Chacon, 2014).

* La webcampagne des citoyens : notre enquête par questionnaire, menée par échantillon « boule de neige », a permis de confirmer ce que de nombreuses études internationales ont déjà montré, à savoir que la participation aux campagnes en ligne est l’apanage de populations très spécifiques socialement et politiquement. Dans la population impliquée dans les campagnes en ligne telle qu’interrogée par l’équipe enpolitique.com, on observe une prédominance des hommes (61,3% en France, 57,6% au Québec), des personnes diplômées (particulièrement en France avec 73% de bac + 3 et plus, 24,6% au Québec), des catégories sociales aisées (38,5% de cadres et professions intellectuelles en France, 41,4% au Québec). Politiquement, ces personnes se disent très ou assez intéressées par la politique (96,6% en France et 97,5% au Québec) très ou assez proches de partis politiques (99,3% en France, 94,8% au Québec), plus souvent à gauche qu’à droite. Les participants se situent également au cœur du milieu partisan, puisqu’on compte parmi eux 38% de membres de partis en France, 32,3% au Québec.

L’étude permet d’articuler les pratiques de participation en grandes catégories typologiques (par exemple s’afficher sur internet, dialoguer, s’informer…) et de distinguer ainsi au sein de cette population spécifique quels actes de participation en ligne sont privilégiés (Greffet, Wojcik et Blanchard, 2014). Il s’avère ainsi qu’en France, afficher ses opinions politiques sur un réseau social numérique est une pratique davantage investie par les plus jeunes, et que, plus généralement, les pratiques participatives sont plus diverses parmi les inactifs (étudiants, chômeurs) que chez les cadres et professions intermédiaires, contrairement à ce que montre la sociologie politique concernant la participation politique hors ligne. De la même façon, si les femmes restent peu nombreuses, elles ne sont pas moins engagées en ligne, notamment dans les activités de dialogue. Enfin, mobilisation en ligne et mobilisation hors ligne sont très fortement corrélées, ce qui montre que l’engagement sur internet ne vient pas se substituer à l’engagement sur le terrain, mais s’y ajoute (Greffet, Wojcik et Blanchard, 2014).

Une comparaison entre France et Québec montre que, dans les deux contextes, les attentes des citoyens en matière de web politique portent surtout sur l’obtention d’informations, exactement comme en ce qui concerne les médias traditionnels. Par ailleurs, on ne peut démontrer de lien statistique entre les opportunités de participation offertes en ligne par les candidats et partis politiques et les activités des répondants. (Bastien, Blanchard et Gadras, 2013 ; Lalancette, Blanchard, Gadras, Bastien, 2014).

Le projet a donné lieu à 42 communications dans des congrès nationaux et internationaux et à la publication de 7 chapitres d’ouvrages et articles de revue. D’autres sont à paraître.

Références

Bastien, F. Blanchard, G. Gadras, S. « Do Online Opportunities Matter? Parties’ Online Participation Devices and Citizens’ Mobilization : The Cases of the 2012 France and Quebec Elections », Colloque New Trend in Political Communication: Evidences, Theories, Implications, Opportunities, European Communication Research and Education Association – Political Communication Section, Milan, 19-20 septembre 2013.

Blanchard, G. »Les voies de la professionnalisation de la communication électorale en ligne. Le cas de l’élection présidentielle française de 2012″, Journée d’étude « Communication institutionnelle à la frontière du politique, Communication politique à la frontière de l’institutionnel, LASCO, Université Catholique de Louvain, Mons, 4 décembre 2014.

Giasson, T. Le Bars, G. Bastien, F.  Verville, M. « #Qc2012: l’utilisation de Twitter par les partis », dans Frédérick Bastien, Éric Bélanger et François Gélineau (dir.), Les Québécois aux urnes : les partis, les médias et les citoyens en campagne, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2013, p. 135-148.

Giasson, T. Greffet, F. Chacon, G. « Digital Campaigning in a Comparative Perspective: Online Strategies in the 2012 Elections in France and Québec », Congrès de l’Association Internationale de Science Politique, Montréal, 21 juillet 2014.

Gadras, S. Greffet, F. « La présence web des candidats en 2012. Espaces officiels et espaces non-officiels de campagne » dans Jacques Gerstlé et Raul Magni-Berton (dir.), 2012, la campagne présidentielle. Médias, électeurs et candidats dans la campagne de 2012. Paris, éditions Pepper, 2014, p. 73-87.

Greffet, F. Wojcik, S. Blanchard, G. « S’engager dans la campagne présidentielle. Les formes multiples de la participation politique en ligne »,  Politiques de communication, n°3, 2014, p. 25-58.

Lalancette, M., Blanchard, G., Gadras, S. et Bastien, F. « What Do Citizens Expect from Web Campaings? The Cases of the 2012 France and Quebec Elections », Congrès de l’Association Internationale de Science Politique, Montréal, Montréal, 20 juillet 2014.